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Art & Fashion Innervations

Iris van Herpen, last episode

Rédigé par Sophie Fauvel - 13 avril 2014 19:20

Voici le dernier épisode de cette série consacrée à l'exposition Iris Van Herpen. J'espère que ce reportage vous donne un bon aperçu des tenues ! Ici, vous verrez les trois dernières collections présentées à Calais : Crystallisation (juillet 2010), Capriole (juillet 2011) et Micro (janvier 2012).

Crystallisation

Vous connaissez sans doute la fameuse robe de cette collection, qui enrobe le mannequin come une vague d'eau transparente ! J'avais hâte de voir ce modèle "en vrai" ! Les tenues de cette collection ont été réalisées en collaboration avec le cabinet Benthem Crouwel Architects. Ce qui marque bien entendu, sont les matériaux utilisés, bien loin des tissus ou peaux habituels !

Capriole

Les modèles de la collection Capriole visent à traduire l'état mental de la créatrice, juste avant un saut en chute libre. Plutôt pertinent, quand on songe que Capriole est la première collection signée par Iris van Herpen en tant que nouveau membre de la Chambre syndicale de la Haute Couture ! Toutes les tenues sont fabriquées à partir de morceaux d'acrylique modélisés grâce à un ordinateur, puis imprimés par une imprimante 3D, signature de la créatrice.

Groupe du Laocoon,oeuvre des Rhodiens Agésandre, Athénodore et Polydore, Ier ou IIe siècle av. J.-C.

Micro

Combinant travail manuel et technologies avancées, cette collection vise à rendre visible les micro-organismes, les réalités habituellement cachées à nos yeux, mais visibles grâce aux microscope. La tenue de la deuxième photo fait vraiment penser à un magnifique lichen !

Vous l'avez compris, je suis une admiratrice d'Iris van Herpen. Mais comme souvent après avoir vu les tenues en vrai, je suis un peu déçue. Les photos des magazines sont parfois trop esthétiques, sans doute. Et voir le vêtement dans sa matérialité a parfois quelque chose de frustrant, de l'ordre de "ce n'est que ça !" Cependant je ne me souviens pas d'avoir ressenti cela lors de la découverte des vêtements de Madame Grés, qui m'avait littéralement transportée. La différence, sans doute, entre un talent florissant et un talent totalement mûrit. Donc, j'attends la suite des recherches d'Iris van Herpen avec impatience !

Iris Van Herpen, suite

Rédigé par Sophie Fauvel - 06 avril 2014 16:41

Here is at last the second part of the reportage about the exhibition Iris van Herpen at the Calais' Fashion and lace museum. It takes part to an european project : CRYSALIS, based on the research about textile and innovation. I follow this project with great attention, for different reasons : it is an Interreg project funded by ERDF, like mine, the Out of the blue-Woad project, Calais is very close from my hometown, and of course it is about textile and fashion !
You will discover here the next episode of the exhibition with photos and the texts on display in the exhibition's space. Enjoy !

Iris van Herpen, Mumification, January 2009

In this collection, the traditional practices of ancient Egypt nourish the universe of Iris van Herpen. She is captivated by the macabre beauty of ancient Egyptian mumification and the intense devotion that surrounds the process. Here she expresses these notions, sometimes in a very direct way, sometimes in a veiled manner. The idea of swaddling, wrapping and covering is clearly present in many of the pieces. Recognizable also are the characteristic geometric and graphic patterns of Egyptian mummies. Futhermore, Iris van Herpen is inspired in her work by the idea that this life is just an illusion and that the veritable existence starts only after death. The traditional practices of the Egyptians inspired Iris van Herpen to evoke her own creative universe with similar dedication.

Iris van Herpen, Radiation Invasion, September 2009

The leather really looks like liquorice, don't you think ?
An intercontinental phone conversation is at the origin of Iris van Herpen's sudden interest in the constant flow of digital information surronding us in the form of rays. Ubiquitous to our environment, these rays can only be received through the use of special equipment. In the Radiation Invasion collection, Iris van Herpen expresses the idea that in the future it will be possible to receive these rays and even mentally manipulate them to change shape. In these designs, the model seems to be surrounded by a complex of wavy rays, flickering patterns or vibrating particles, which then continue on in an endless and constantly moving universe.

The last episode of this report will come very soon !

Iris Van Herpen à la cité de la dentelle de Calais

Rédigé par Sophie Fauvel - 16 février 2014 15:02

La cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais présente jusqu'au 13 avril 2014 des créations d'Iris Van Herpen, jeune et très douée designer de mode, récemment entrée à la chambre syndicale de la Haute couture.

Il est certainement essentiel, pour la Chambre syndicale de la Haute couture, d'accueillir des créateurs tels qu'Iris Van Herpen, car sa manière de travailler avec les imprimantes 3d par exemple, qui lie très fortement les innovations technologiques, - la technique - à la création, permet de donner un coup de frais. D'autre part, cela confirme le discours de la chambre syndicale de la haute couture, qui s'affirme en tant que laboratoire du prêt à porter. Ce discours récurrent, m'étonne, m'amuse et m'exaspère à la fois : je vois dans la haute couture des artisans au brio étourdissant (même si parfois c'est raté cf la dernière collection Haute couture Alexis Mabille [1]), et donc par conséquent un conservatoire de l'artisanat d'excellence. Moi qui connait bien les musées, je sais qu'il est difficile d'allier conservation et innovation. Ça tire, ça rue, ça se contredit. Oui, conserver et innover ne font pas bon ménage. Alors, la Haute couture, laboratoire innovant du design vestimentaire ...? Cela paraît vraiment peu probable. Ces dernières années, le prêt à porter m'a paru beaucoup plus labile, fluide et innovant, donc. Cela dit, le luxe et les marques vivent sur la qualité du discours qu'elles produisent et un peu sur la qualité des produits qu'elles proposent à la vente. Un sac Hermès à 80 000 €, vous trouvez cela absurde? Moi aussi, si on regarde le rapport qualité/prix, mais en regardant le rapport mythologie/prix, cela devient acceptable. Cela dit, ne nous y trompons pas, cela reste toujours de la mythologie au rabais, on est bien d'accord ?

Ces discours qui réutilisent le vocabulaire de l'art, le génie solitaire, le geste unique et parfait, le voyant, forment un mélange diablement amusant. Tous les codes du monde artistique sont utilisés, mais dans le but de vendre des produits et non des œuvres d'art. Et ces discours me passionnent vraiment, car j'ai besoin de comprendre "comment ça marche". Car oui, dans la vie de tous les jours, je vois à quel point notre apparence est profondément importante. Et je ne parle pas simplement d'avoir la capacité financière de faire le portemanteau pour des marques. Il est possible de gauchir, d'influer sur la perception que les autres ont de nous. Mais quel travail, n'est-ce pas ! Et le plus difficile, je crois est de rester habillé sans être déguisé.

Dans la présentation générale de l'exposition, le texte décrit Iris Van Herpen comme une créatrice qui participe à la vitalité d’une mode conceptuelle qui interroge le processus créatif, l’interaction entre le vêtement et l’individu qui le porte . En présentant cette exposition que je voulais voir depuis très longtemps, je vais essayer de comprendre pourquoi ses création me passionnent autant. Tout en continuant à interroger ce qui me tient à cœur : la différence entre un vêtement et un déguisement. Vaste programme c'est pourquoi je vais le découper au moins en deux parties !

Je vous propose de regarder ce reportage photo de l'exposition à la cité internationale de la Dentelle de Calais. Elle se compose de 7 sections, par ordre chronologique, dans un grand espace en forme de L. Comme j'aime à le faire, je vais vous présenter cette exposition dans l'ordre où on la découvre, avec les textes d'accompagnement.

Il y a d'abord un texte de présentation général, puis un premier socle sur lequel on trouve des vêtements de la collection Chemical Crows, présentés en janvier 2008.

Iris Van Herpen, Chemical Crows, janvier 2008

"La collection "Chemical Crows" est issue d'un travail plastique à partir de parapluies d'enfant brisés. Certaines pièces de la collection rappellenet le travail du sculpteur russe Naum Gabo. Au-delà de cette ressemblance, la collection fait référence à la fascination d'Iris Van Herpen pour la magie noire et l'alchimie. Dans un premier temps, l'artiste a été inspirée par l'observation des corneilles qui nichent près de son atelier. Ces oiseaux intelligents affichent une grande prédilection pour les objets qui brillent et sont traditionnellement associés au secret et au symbolisme.

Iris van Herpen partage avec les alchimistes la passion pour la manipulation et la transmutation des matériaux. Elle transforme de modestes baleines de parapluie en d'élégants éventails déployés. Ces silhouettes métalliques font ainsi référence aux corneilles et à leur attirance pour les métaux précieux. Iris Van Herpen a également utilisé des milliers de mètres de fils utilisés dans l'industrie maritime pour évoquer le mouvement des plumes d'oiseaux. Avec leurs spectaculaires cols relevés, les modèles de la créatrice semblent parés pour un rituel mystérieux.

Naum Gabo (1890-1977), Linear Construction n°2, 1970-71. Coll Tate, London.

Sur la photo ci-dessus, on voit très bien les fils en question, dont les reflets noir-bleuté évoquent en effet parfaitement le plumage d'une corneille. J'avais aussi pris ce détail, pour montrer l'attention particulière portée aux mannequins : leur "peau" ressemble à celle d'un reptile et les veines sont apparentes ; d'infimes nuances existent entre ces mannequins de plastique, le placement des doigts, des hanches, ce qui leur confère une étrange vie immobile.

Iris Van Herpen, Refinery Smoke, juillet 2008

Cette collection est basée sur la beauté inattendue, l'ambiguïté et surtout, le caractère insaisissable des fumées industrielles. Vue de loin, la fumée offre un spectacle fascinant: elle semble être vivante et abrite aussi quelque chose de sinistre, pouvant souvent être toxique. Ce sont des propriétés physiques, ainsi que la texture douce et l'apparence fluide de la fumée qui ont inspiré Iris Van Herpen. Elles l'ont incité à travailler une fine gaze métallique que la créatrice a fait spécialement tisser pour la réalisation de cette collection.

Ce matériau, peu utilisé dans la mode, est composé d'une multitude de fils métalliques très fins qui sont froids et rugueux à l'état naturel.Grâce à procédé spécifique, Iris Van Herpen les a transformés en un textile extrêmement souple et malléable pour former des tenues faciles à porter, aussi douces que la soie et à la légèreté arachnéenne. La couleur des robes était à l'origine d'un gris argenté, mais avec le temps ces dernières se sont oxydées pour prendre un éclat brun-rouge. L'artiste considère que ce processus de rouille reflète le caractère dual des fumées industrielles.

La différence est en effet flagrante, en comparant les robes aujourd'hui et les photographies du défilé de 2008.

Qu'en pensez-vous ? Ce sont ses créations du début. Après il y a des choses bien plus spectaculaires ! Au prochain épisode, je vous montre la suite.


[1] Opinion, totalement personnelle et subjective et assumée comme telle. .

Roger Vivier, suite de l'exposition virtuelle

Rédigé par Sophie Fauvel - 01 novembre 2013 13:14

Chers lecteurs, obsédés de chaussures, fétichistes en herbe ou simples curieux, voici la suite de mon compte-rendu en images de l'exposition Roger Vivier au Palais de Tokyo.

Du dessin ...
... à sa réalisation.
Oiseaux de Paradis

Mon goût personnel m'oriente toujours vers des souliers à fourrure ou à plumes ... j'ai un faible pour les imprimés animaux, léopard, zèbre et autres fantaisies !

Mais le charmant escarpin ouvert, type "utility wear" ça, j'aime aussi, pour tous les jours, c'est parfait ! Qu'en dites-vous ?

Présentées dans un tiroirs, les fameux souliers de la fin des années soixante, à boucles d'argent, étaient difficiles à photographier. Mais je ne pouvais repartir sans une image !

Passons aux choses sérieuses avec les chaussures de bal ... quatre modèles ci-dessous, pour tous les goûts !

Après les chaussures, à porter uniquement en intérieur, à mon avis, une folie, la cuissarde en soie jaune ! Ode au printemps, certainement !

Les murs de la dernière salle sont recouverts de dessins de Roger Vivier, explorant les multiples versions de talons qui composent son langage formel.

Le créateur voit la chaussure comme une sculpture dont il ne cesse de questionner la forme. Les talons sont ses lignes de force, du talon aiguille, qu’il fût le premier à lancer en 1954 au sinueux talon Virgule, voulu comme le manifeste de sa propre griffe dès 1963. Rénovateur en structure comme en surface, Roger Vivier ne néglige pas moins la broderie qui élève le soulier au rang d’objet d’art grâce aux savoir-faire séculaires des maisons comme Rébé et Lesage.
Soulier sous inclusion.

Et pour terminer le parcours, nous pouvons voir des créations emprisonnées dans la résine, elles y demeureront pour l'éternité, tandis que s'agitent les ombres de nous autres, humains, pauvres mortels ...

;)

Dans les pas de Roger Vivier

Rédigé par Sophie Fauvel - 24 octobre 2013 17:34

Corridor des peintures anglaises.
Dans une scénographie qui singe les musées du XIXe siècle, les chaussures épinglées comme des papillons, ont pris la place des œuvres d’art consacrées. Les vitrines nobles au charme désuet, dupliquent le vocabulaire docte du Prado et du Louvre. Des souliers, dont l’extraordinaire est le genre, ont préempté ces espaces et délogé les sculptures et les peintures d’avant. Talons Etrave, Virgule, talon Choc, se prennent pour des Venus des bitumes, des Joconde des parquets. Ils en ont le charme et l’arrogance. Ils ont aussi en commun l’assurance des œuvres certaines.

Voici un extrait du texte d'accompagnement de l'exposition Virgule, etc, dans les pas de Roger Vivier, présentée actuellement au Palais de Tokyo. Après avoir parcouru l'exposition Philippe Parreno, le choc est brutal, mais intéressant. Sortir d'un ailleurs, pour se trouver aussitôt replongé dans les stratégies marketing de préemption de la mode sur le monde de l'art... D'aucun disent que l'inflation de ce secteur dans l'art contemporain commence à dépasser les limites. D'autres esprits ricanant pourraient rétorquer qu'il semble que la mode soit le seul secteur de la création encore innovant : combien d'artistes contemporains en effet, savent se servir aussi bien qu'Iris Van Herpen d'une imprimante 3D !?

Pour l'heure, revenons à ces chaussures, dont voici quelques photos. L'éclairage, comme toujours dans les expositions présentant des textiles, est faible. Cela permet de conserver les tissus, sensibles aux photons. Difficile pour le photographe, j'espère que vous serez compréhensifs !

L'exposition commence par le texte de présentation, puis on entre dans une petite alcôve, dans laquelle sont présentés des créations avec un motif arlequin.Ensuite, le visiteur découvre toutes les vitrines, remplies de chaussures de toutes les couleurs et de toutes les formes. C'est le paradis ! Quelques dessins au mur complètent la présentation.

J'ai décidé cette fois-ci de ne pas vous présenter toutes mes photos en une fois. La suite au prochain épisode !